Avec l’économie du donut, faire de sa commune la plus heureuse de Suisse

Un projet pionnier de Greenpeace
1 janvier 2026 par
Avec l’économie du donut, faire de sa commune la plus heureuse de Suisse
Swiss Donut Economics Network, Karin Mader

Interview avec Annina Aeberli, campaigner et experte en transformation sociétale chez Greenpeace Suisse. Annina est responsable d’un projet pilote qui soutient des communes en Suisse alémanique dans l’introduction de l’économie du donut.

Bonjour Annina, comment es-tu arrivée à l’économie du donut ?
 

Je suis environnementaliste avec un cœur social. Pour moi, le social et l’écologique vont de pair. Pendant des années, j’ai travaillé avec des communautés locales à Bornéo sur des campagnes et des projets participatifs de protection de la forêt tropicale. Sur le plan scientifique aussi, je me suis penchée sur la dynamique des relations entre l’être humain et l’environnement. L’économie du donut s’est donc imposée assez naturellement ! 

Début 2025, j’ai lu une offre d’emploi de Greenpeace qui m’a interpellée parce qu’elle sortait de l’ordinaire. Elle donnait l’impression d’une idée de campagne fraîche et expérimentale. Ce n’est qu’au cours de l’entretien que j’ai appris que le poste portait principalement sur l’économie du donut. J’ai obtenu le poste et je dirige aujourd’hui le projet "Happiness-Gemeinde"-Projekt, qui se concentre pour le moment sur la Suisse alémanique et dans lequel nous travaillons avec l’économie du donut.

⁠⁠Qu'est-ce qui te convainc dans le donut et où vois-tu des défis ?

Le donut combine les besoins sociaux fondamentaux et les limites planétaires. Je pense que les aspects sociaux ont longtemps été négligés dans la protection de la nature. L’économie du donut réunit ce qui va ensemble. Elle dépasse les silos, favorise une pensée holistique, repose sur des données et est politiquement neutre.

J’aime particulièrement la simplicité avec laquelle le principe du donut peut être expliqué : le bord intérieur représente le « socle social » avec des besoins fondamentaux tels que la participation politique, la santé et l’éducation. Le bord extérieur représente les limites de charge planétaires comme le changement climatique et la perte de biodiversité : c’est le « plafond écologique ». L’économie du donut est intuitive et visuellement très forte. Je trouve formidable qu’elle puisse être appliquée dans de nombreux domaines, par exemple dans les communes et les entreprises.

Si le donut est très fort sur le plan de la communication, sa mise en œuvre demande beaucoup de travail. Cela tient avant tout au fait que le monde est complexe et qu’il n’existe pas de solutions simples. L’économie du donut rend justice à cette complexité, mais elle exige aussi des connaissances étendues, de la collaboration, un changement de perspective et une volonté d’expérimenter. Il en découle des défis importants pour la mise en œuvre concrète.

En quoi consiste le projet communal de Greenpeace ?


Nous sommes actuellement à la recherche d’une ou deux communes suisse alémaniques prêtes à relever, avec nous, les défis à venir à l’aide de l’économie du donut. La base est une analyse de la situation actuelle selon les dimensions du donut. À partir de là, des champs d’action prioritaires seront identifiés. En impliquant fortement la population, des objectifs et des mesures sociales et écologiques sont ensuite élaborés et ancrés politiquement. Nous souhaitons apporter une contribution concrète pour donner un visage au changement. Nous voulons montrer qu’un avenir heureux est possible ! C’est pourquoi notre campagne s’intitule : 
“Achtung, Happiness-Effekt! – Mach deine Lieblingsgemeinde zur glücklichsten der Schweiz!”.

Quel est l'état actuel du projet ?

En ce moment, tout le monde peut nominer sa commune préférée en Suisse alémanique. L’objectif de nominations est adapté à la taille de la commune. Lichtensteig, Langnau im Emmental et Wald ont déjà été proposées par un nombre relativement élevé de personnes. Environ dix autres communes ont également reçu un nombre conséquent de nominations. Nous sommes enthousiasmés par les dynamiques que notre projet déclenche dans les communes. Langnau im Emmental est passé de 0 aux 77 nominations requises en quelques jours seulement. Aujourd’hui, nous en sommes à plus du double. C’est comme un polar ! Nous sommes impatients de voir quelle commune franchira la ligne d’arrivée en premier. Derrière cela, il y a beaucoup de travail de personnes qui veulent faire bouger les choses dans leur commune 

Quelles sont les prochaines étapes ?

La phase de nomination se poursuit jusqu’à la fin février. Parallèlement, nous prenons contact avec les communes sélectionnées afin de clarifier leur intérêt. Notre plan est de commencer, à partir de l’été, la collecte et l’analyse des données pour le portrait classique des données et le portrait communautaire. Dans l’idéal, un conseil du donut, défini d’ici la fin de l’année, pourra alors entamer le travail sur les objectifs et les mesures concrètes au sein de la commune. Tout dépend toutefois de la planification des communes ; nous sommes flexibles et nous nous adaptons.

De quoi te réjouis-tu particulièrement, et qu’est-ce qui t’inquiète aussi un peu ? 

Je suis très curieuse de voir le conseil du donut. Il sera principalement tiré au sort parmi les habitant·e·s de la commune, mais la politique et l’administration devront également y être représentées. C’est là que le travail d’approfondissement et la transformation doivent avoir lieu. Je suis impatiente de voir ce qui en ressortira et quelle dynamique se développera. Je crois à la force de la réflexion et de l’action collectives. Nous ne pourrons résoudre les crises et les défis à venir qu’ensemble ! Le plus grand risque est que nous échouions face aux tendances actuelles de la politique.

Le donut joue-t-il aussi un rôle dans ta vie privée ? 

La naissance de ma fille me motive encore davantage. Je ne veux pas lui laisser un monde détruit et injuste. Mais je me heurte parfois aux contradictions du quotidien : mon partenaire et moi privilégions souvent la seconde main pour notre fille. Si la poussette d’occasion rend l’âme après peu de temps, il faut quand même en acheter une autre. Au final, cela coûte plus cher et demande beaucoup d’efforts. Et nous voilà au cœur du thème de l’épuisement, qui touche de nombreuses mères. Je trouve donc très important de ne pas rester bloqué·e·s dans l’idée de l’échec individuel et de la résignation, mais d’examiner les structures. Il faut des changements systémiques. L’économie du donut rend visibles de telles contradictions — par exemple entre consommation de ressources et égalité — et pose ainsi les bases pour aborder le problème de manière globale..

Qu’est-ce qui te semble important pour que nous puissions entrer dans l’espace juste et sûre du donut ?

Ces dernières années, je me suis beaucoup interrogée sur ce dont j’ai besoin pour mener une bonne vie. Plus je vieillis, plus il m’est facile de me déplacer vers l’intérieur du donut. Avec les crises persistantes et les tendances autoritaires, je réalise à quel point il est important de savoir apprécier les petites choses. Mon bonheur, ma satisfaction dépendent en réalité de choses simples : aller danser me rend heureuse, me promener me détend, et le yoga me rend forte et en bonne santé. D’où aussi mon intérêt pour l’échelle communale : il est important pour moi de contribuer à façonner l’environnement local et concret. C’est là que nous pouvons avoir un impact, même lorsque le niveau global nous échappe complètement. Lorsque les gens ont accès aux soins de santé, sont entourés de belles forêts et que tout est facilement accessible à proximité, notre niveau de satisfaction augmente et nous sommes moins stressé.e.s. Je pense qu’il est utile de vivre davantage dans le présent et dans le local.

Merci beaucoup, Annina, pour tes réponses et tes réflexions ! (Foto: Screenshot Greenpeace).